Mardi 24 février 2009
C'est un mauvais coup pour la recherche sur le Japon, il n'y a plus de bourse Lavoisier 2009. J'ai envoyé des mails en vain, comme beaucoup de monde j'imagine, pour savoir quand est-ce qu'il y aurait des informations, mais les mauvaises nouvelles semblent encore plus difficiles à faire circuler que les bonnes.
Pour l'année prochaine - 2010 - c'est officiel, il n'y a pas de bourse non plus. En fait, sans être devin, il semble qu'il n'y aura plus de bourse Lavoisier Japon tout court, mais officiellement, les coupes de crédit ne concernent que les années 2009 et 2010.
C'était quand même une "bourse d'excellence", et c'est véritablement dommage qu'il y ait toujours des doctorants/chercheurs excellents mais que la France n'ait plus les moyens de les rémunérer.
J'étais un peu en avance sur mon temps peut-être puisque mon doctorat a été financé par le Japon (bourse Monbu kagaku sho).

Par David-Antoine Malinas - Publié dans : Bourses/Financements
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Samedi 21 février 2009
Les professeurs de Berlitz sont en grève depuis 14 mois. Il y a un long article sur ce sujet dans le Japan Times. Dire que j'ai failli travailler pour cette compagnie (et oui, les deux dernière années de doctorat ont été un peu raide). Un peu comme d'autres entreprises qui enseignent les langues étrangères, les salaires ont été compressés pour les nouveaux profs. Je me souviens aussi d'une autre école (qui m'a d'ailleurs viré, j'en suis un peu fier maintenant) qui faisait la même chose, rémunération au nombre d'élèves par exemple.
L'entreprise essaye de faire peur au syndicat qui s'est formé en menaçant légalement ses membres volontaires. C'est un retournement dans l'usage du droit que j'ai pu signaler dans un article à paraître (enfin j'espère, ça justifiera de mes nuits blanches), ou je note :

"Les mouvements d’habitants comme le mouvement des précaires doivent, pour négocier avec le pouvoir politique, arriver à activer des « tierces-parties » dont l’engagement favorise « l’entrée dans l’arène implicite ou explicite de négociation d’une manière favorable aux protestataires » (LIPSKY Michael, 1968). Dans le cas des mouvements d’habitants, cette arène est le plus souvent l’arène juridique à travers la mobilisation d’experts – scientifiques et juristes – et s’il existe de nombreux exemples de ce type, le plus symbolique, en ce qu’il en révèle également les limites, est celui de Minamata (JOBIN, Paul, 2006). En revanche, le mouvement des sans-abri de Shinjuku inaugure de nouvelles techniques : l’utilisation de l’arène médiatique et la mobilisation par ce biais de l’opinion publique pour obtenir par une pression morale – plutôt que légale – l’ouverture de négociations."


On peut élargir le terme "mouvement des sans-abri" à celui de mouvement des précaires et des très précaires. Autrement dit l'usage du droit passe des contre-pouvoirs au pouvoir.


Ce qui m'intéresse aussi beaucoup dans cet article, c'est l'utilisation d'internet par le syndicat Berlitz :


"Internet technology has given us a chance to go almost head to head with the company, which has far greater financial and public relations resources to construct a positive self-image," says Carlet. "We have used our site — www.berlitzuniontokyo.org — for general information and YouTube for visuals on our public appeals for support for the strike." (Japan Times, 17 février)


C'est pas tous les jours qu'on peut avoir une citation aussi claire. Produire une information à deux coûts : celui de sa création et celui de sa diffusion. Tout le monde peut plus ou moins créer de l'information, même si bien sûr il y a probablement des différences de qualité par-çi par-là.  Une entreprise comme un syndicat peut produire de l'information. Mais tout le monde ne peut pas se payer la diffusion et la répétition de cette information. Ainsi, l'entreprise à une force de diffusion de l'information, à travers les media traditionnels (journaux, télévision), qui est nationale, voire internationale et qui permet de dire : notre entreprise est une bonne entreprise. En revanche, les syndicats ne peuvent se "payer" les media traditionnels. Si l'organisation d'une grève comme celle de Berlitz qui dure depuis près de 14 mois passe inaperçu des médias, comment faire pour dépasser le localisme de l'action collective ? Comment obtenir un soutien massif ?

C'est là où effectivement le recours au medium internet est fondamental puisqu'il permet d'exposer au monde entier ses griefs et ses actions. L'utilisation du site internet dans le cas de Berlitz est intéressant, mais il faudrait vraiment qu'un compteur soit mis en place. En effet, il est impossible de savoir combien de personnes sont passées sur le site.

On peut à partir de là très bien imaginer des guerres sur internet entre web master interposés. A chaque fois que je tape dans google "Berlitz", est-ce que c'est le site de la compagnie qui va venir en premier ou bien celui du syndicat en lutte ?  Est-ce que le syndicat va apparaitre dans la première page, la seconde page etc. ? J'ai fait le test, et pour l'instant ça n'apparait pas si on tape seulement "Berlitz". Il faut taper "Berlitz" et "syndicat". Ca le fait moins.


Mais c'était quand même intéressant d'aller sur la page internet du site http://berlitz.generalunion.org/ puisqu'il y avait cette information (mais toujours pas de compteur) :


"Friday, October 24
More than 120 people came out to support Bengunto (Berlitz Union Tokyo) as they stepped up the campaign at Berlitz and submitted demands to their parent company, Benesse. General Union Berlitz Branch also submitted demands over our paid break/pay increase, and health and pension demands.

A steady down pour couldn't dampen the spirits of our supporters, with 80 Kanagawa City Union members attending. After an hour long demonstration in front of Benessee, we moved en masse to Honda headquarters in Aoyama to support Kanagawa City Union over asbestos issues."


En fait si on fait une addition simple :  il y a 120 personnes, mais il y avait 80 soutiens de la KCU, donc le nombre de membres de la Bengunto était de 40, donc mathématiquement une minorité. C'est là l'occasion d'un deuzième coup de pub pour mon article concernant la particularité des mouvements sociaux actuels au Japon (en tout cas sur les précaires) :


"Une différence majeure entre les mouvements d’habitants et le mouvement des précaires concerne tout d’abord l’origine des constituants. En effet, dans le premier cas, il s’agit de mouvements parochiaux dont le cœur de la mobilisation est composé des personnes qui sont directement concernées par les gains qui pourraient découler de leur action collective. Un exemple typique serait une lutte contre la construction d’un barrage ou une centrale nucléaire qui mobiliserait les populations riveraines ou avoisinantes. En revanche, l’action collective du mouvement des précaires se caractérise par son caractère composite et le rôle majeur joué par des « soutiens extérieurs » (McCARTHY John, ZALD Mayer 1977),  c’est-à-dire des militants qui ne profitent pas des résultats de l’action collective mais en favorise l’émergence, le maintien et le développement."


Dans le cas de la Bengunto, c'est plutôt un échange de bons procédés : vous venez nous aider avec nos problèmes, et puis après on va vous aider avec vos problèmes. Ces alliances se multiplient entre les groupes qui viennent en aide aux travailleurs précaires (précarité du travail et des conditions de travail) notamment parce que les syndicats qui s'en occupent sont de (toutes) petites structures qui n'ont pas beaucoup de moyens et donc "mutualisent" leur ressources humaines. Par exemple, une des plus connues de ces syndicats à adhésion individuelle est la Seinen Yunion qui a ... trois permanenciers (et encore le troisième vient d'être recruté).


 

Par David-Antoine Malinas - Publié dans : RPD Précarité des jeunes
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Vendredi 20 février 2009
1 Les entreprises annonçent de larges pertes, ou des bénéfices beaucoup moins importants
Au Japon, à l'inverse des Etats-Unis ou de l'Europe c'est le secteur "réel" qui a annoncé en premier ses pertes : le secteur automobile avec l'un des premiers déficit de l'histoire de Toyota (4 milliards d'euros), le secteur de l'électro-ménager grand public par exemple. Ensuite seulement le secteur financier (banques, maison de courtage etc.), qui semblait sortir renforcé de la crise avec le rachat par exemple des activités de Lehman par Nomura, a annoncé ses pertes : plus de 100 milliards de dollars annoncés pour le secteur des banques, soit un chiffre treize fois plus important que six mois auparavant.

2 Non renouvellement des CDD
On voit l'influence des mesures qui ont favorisé le développement de l'emploi atypique avec notamment une libéralisation totale des emplois intérimaires pour tous les secteurs. En effet, la première séquence de la crise était normalement une baisse des salaires et/ou des heures supplémentaires. Par exemple lors du choc pétrolier de 1974 la hausse du chômage arrive assez tardivement et après l'utilisation d'autres techniques pour s'adapter à la baisse de la demande (à confirmer). Le ministère du travail et de la santé a déjà produit deux chiffres sur le nombre de contrats à durée déterminée qui ne seront pas renouvelés : fin 2008, une première estimation à 85 000 ; fin 2009, une seconde estimation à 125 000 avec une précision, plus de 2500 se retrouvent sans logement. Ce chiffre est obtenu par une enquête réalisée auprès des principales entreprises, mais il faudrait probablement le doubler, voire le tripler, pour approcher la réalité.

3 Baisse des salaires (employés, cadres, dirigeants) et baisse des heures travaillées
Ce sont des mesures assez traditionnelles, et de part ce fait, elles concernent surtout des entreprises au profil "traditionnel", par exemple Toshiba qui a mis en place deux jours de chômage technique tous les onze jours, Toyota dont la mesure concerne plus de 15 000 empoyés ou Fujitsu qui accepte également que ses employés cherchent un emploi dans d'autres entreprises pour compenser la perte de salaire - ce qui accroît au passage la compétition sur un marché de l'emploi particulièrement tendu.

4 Licenciements
C'est la dernière mesure possible dans un cycle de crise, la mesure la plus radicale vers laquelle risque de se tourner les entreprises "traditionnelles" mais qui est une mesure rapidement prise pour les entreprises aux nouvelles techniques managériales. Deux entreprises qui sont assez représentatives, tant par leur importance que par leur récentes décisions : Sony qui a licencié 8 000 employés en CDI et Nissan qui a licencié 20 000 employés de part le monde (dont 12 000 employés au Japon). Il faut ajouter dans ces cas que pour Sony, l'annonce officielle avait d'abord été de 8 000 puis montée à 16 000 pour inclure le non renouvellement d'intérimaires. Dans le cas de Nissan, le salaire des cadres ont été également réduits et le bonus des dirigeants supprimés.

Il est possible de souligner la différence entre les entreprises traditionnelles qui essayent de garder leur masse salariale - sans nier le fait qu'elles se séparent des intérimaires - et qui semblent assurer une certaine protection même en cas de crise et les entreprises aux nouvelles techniques managériales qui se séparent au fur et à mesure des personnes inutiles, ceux qui restent se demandant quand viendra leur tour. C'est le principe du daruma otoshi appliqué à la gestion des ressources humaines.

5 Baisse des prévisions de recrutement
On voit déjà les effets de l'anticipation du crise durable puisque les entreprises commencent à réviser à la baisse leurs prévisions de recrutement. Ainsi, Honda qui a réussi à tirer son épingle du jeu en réalisant des bénéfices - 85 millions d'euros - a néanmoins annoncé une baisse de 40 pour cent des intentions de recrutement pour avril 2010 par rapport à avril 2009. 


Par David-Antoine Malinas - Publié dans : La crise au Japon
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Jeudi 19 février 2009
Dans un des posts précédents, je signalais que le chiffre du ministère du travail et de la santé concernant le nombre d'intérimaires dont le contrat ne serait pas renouvelé d'ici la fin de l'année, soit 125 000, était probablement sous-estimé de deux, voire trois fois.
Confirmation cette semaine avec une étude de la  JMOA (Japanese Manufacturing Outsourcing Association - Association japonaise de sous-traitance dans l'industrie manufacturière, 日本製造アウトソーシング協会) et de la  JPSLA (Japan Production Skill Labor Association, L'association pour la promotion de l'amélioration du travail en sous-traitance dans l'industrie manufacturière, 製造請負事業改善推進協議会) qui estime le nombre d'emploi non renouvelé entre octobre de l'année dernière (2008) et mars de cette année à 400 000. Et encore, ce chiffre ne concerne que les entreprises de production de biens manufacturiers qui emploient 1 000 000 de travailleurs intérimaires et autres employés en sous-traitance.
En sachant qu'au Japon, il ya a 1.5 millions d'intérimaires, et si les autres secteurs sont autant touchés que le secteur de la production des biens manufacturiers par la crise, et donc, qu'ils ne renouvellent pas 40 pour cent des contrats (ce qui vient d'être confirmé par l'enquête pour le seul secteur manuf.), on peut estimer le nombre d'intérimaires sans emploi avant la fin de l'année à 600 000.

Une fourchette de 600 000 et 800 000 chômeurs de plus au Japon rien que pour la catégorie des intérimaires.

Il y a des jours, on voudrait se tromper.



Par David-Antoine Malinas - Publié dans : La crise au Japon
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Mercredi 18 février 2009
Le syndicat des jeunes précaires de Niigata a été crée en Juin 2008.
Il s'agit donc encore d'une jeune structure mais qui a l'air particulièrement dynamique, notamment au regard de sa page internet, professionnelle, interactive, et mise à jour régulièrement. A la date du 15 février 2009, il y avait près de 17000 visites sur ce site et l'activité de la mailing est également de plus en plus intense.

Nombre de messages sur la mailing list :

Mois

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

2009

95

23

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2008

 

 

 

 

 

3

29

43

57

19

30

64

Source : http://groups.yahoo.co.jp/group/niigataseinenunion/ (le 15 février 2009)

Le flyers de ce syndicat indique également comment le trouver par les moteurs de recherche (voir la photo ci-desous)


Le slogan est également assez différent du syndicalisme traditionnel : "Niigata Seinen Yunion, le syndicat auquel même les martiens, les hommes qui viennent du futur et les personnes dotées de super-pouvoir peuvent adhérer".

En février, leur nombre d'adhérents a dépassé la centaine. Principale cause de ce recrutement massif : les intérimaires dont les emplois ne sont pas renouvelés doivent quitter les dortoirs, habituellement fournis par l'entreprise, et dans lesquels ils sont regroupés. Lorsqu'une des personnes fait une demande de soutien auprès du syndicat des jeunes de Niigata, il propose également à ces anciens voisins de rejoindre le syndicat. C'est un effet boule de neige qui entraîne une augmentation particulièrement rapide des effectifs.

Syndicat des jeunes précaires de Niigata :
http://www.niigataseinenunion.org/index.html
Nombre de visite au 15 février : 17 000

création :  22 juin 2008
(le comité de préparation du syndicat des jeunes précaires de Seinen Yunion a été constitué en avril de la même année).

nombre d'adhérents création : 15
nombre d'adhérents 15 février 2009 : 100
Par David-Antoine Malinas - Publié dans : RPD Précarité des jeunes
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