Mardi 2 décembre 2008
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le pourcentage d'emploi précaire au Japon est beaucoup plus fort que celui qui existe en France. Il est pour 2008, et en attendant les dernières statistiques de décembre, de 13 pour cent en France et de presque 35 pourcent au Japon.
Le graphique ci-dessous, qui m'a demandé un temps pas possible, permet de mettre en évidence l'évolution sur une période de près de 20 ans.

Graphique 1 - Evolution des pourcentages de la population précaires au sein de la population en âge de travailler en France et au Japon























Sources : Japon : Ministère du travail et de la santé, Statistiques sur la force de travail, longue période. De 1990 à 2001 les pourcentages indiqués sont ceux du mois de février, puis à partir de 2002, il s'agit de la moyenne trimestrielle. France : INSEE, présenté par l'observatoire des inégalités.

La lecture du graphique peut se faire ainsi :
Entre 1990 et 2000, il y a une poussé à peu près équivalente dans les deux pays de la population de précaires : un peu moins de 4 pourcent pour la France, et un peu plus de 5 pourcent pour le Japon. On passe ainsi en France de 8.7 pour cent à 12.6 pour cent. Du côté japonais, on passe de 20.2 pour cent à 26 pour cent.
Entre  2000 et 2008, les courbes suivent des tendances opposées. En France, le taux d'emploi précaires baisse légèrement dans la première moitié des années 2000 avant de remonter légèrement à partir de 2005. Conclusion,  le taux demeure quasiment identique et passe de 12.6 pour cent à 13 pour cent. En revanche, au Japon, le taux d'emploi précaire augmente rapidement et passe sur la même période de 26 à 34 pour cent, une croissance de plus de 8 pour cent en moins de 8 ans.
Le Japon de l'emploi à vie n'est plus, et lorsqu'on regarde les statistiques des années précédentes, on se demande s'il a bien existé un jour (il faudrait remonter dans les années 70 probablement).





Par David-Antoine Malinas - Publié dans : Précarité au Japon
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Lundi 1 décembre 2008

Vingt ans après la loi qui avait promulgué le RMI, la loi qui promulgue le RSA a été votée ce lundi 1er décembre.

la grande différence entre le RMI et le RSA est que le RMI n'était accessible que pour les personnes qui ne travaillaient pas, sauf cas exceptionnel. Il répondait à un problème d'exclusion massive et durable sur le maché du travail lié à des désequilibres macro-économiques.

le RSA est à la fois un revenu minimum - de 448 euros - pour les personnes sans emploi, et un revenu complémentaire variable pour les personnnes qui reprennent un emploi. Il intègre donc la fonction du RMI mais a surtout été présenté comme un moyen de lutter contre la désincitation à la reprise à l'emploi. En effet, jusqu'alors, les personnes qui reprenaient un travail pouvaient se retrouver dans une situation de moindre revenu car ils perdaient la quasi-totalité de leurs revenus et avantages sociaux alors même que leur nouvelle situation d'employé entraînait de nouveaux coûts.

Le RSA vient donc lutter contre l'existence d'une trappe à pauvreté, identifiée dans le cadre du RSA comme un calcul individuel de "meilleur" choix de la non activité - l'analyse de l'acteur rationnel, comme la question morale de la responsabilité individuelle étant aujourd'hui dominantes. On peut signaler cependant que la trappe à pauvreté se développe également pour des raisons macro-économiques, principalement l'augmentation des emplois atypiques. Entre 1988 et 2008, la part de salariés qui occupent un tel emploi est passé de moins de 9 pourcent à 13 pourcent, et en chiffre absolus d'un peu plus de 1,5 million de personnes à un peu moins de 3 millions. C'est aussi la multiplication de ce type d'emplois, souvent les seuls accessibles pour les personnes éloignées du travail, qui rend nécessaire un nouveau mécanisme incitateur qui ne lutte plus seulement contre l'exclusion mais également contre le phénomène de "travailleurs pauvres".

Si pendant les quelques mois d'expérimentation, des études ont pu mettre en évidence le fort taux de retour obtenu par ce mécanisme par rapport au RMI, on peut se demander si on compare exactement la même chose, le RMI, étant un dispositif de lutte contre l'exclusion, et non de lutte contre le phénomène de précarisation de l'emploi (ce qu'il aurait pu devenir il y a dix ans selon Michel Rocard). Le RSA, qui simplifie également les revenus sociaux sous un même sigle,  tend également à promouvoir un revenu social universel, idée assez proche d'un revenu minimum d'existence garanti. Avec le retour à l'emploi (donc plutôt partiel sinon le mécanisme ne fonctionne pas), on passe d'un  RMI ou désormais RSA à temps complet à un RSA à temps partiel. Dans cette période de crise où on a commencé à parler de manière ironique du néo-libéralisme comme la "privatisation des intérêts, et la collectivisation des coûts", on retrouve dans le RSA cette même idée que le salaire  d'un employé n'est plus payé par le ou les employeurs mais par la collectivité. Au delà de la polémique sur le financement d'un tel dispositif, c'est ainsi l'idée d'un salaire "décent"  obtenu par la seule rémunération de l'entreprise qui devient atypique.

Le risque, dans le meilleur des cas, serait une augmentation des emplois atypiques un peu plus rapide que dans les périodes précédentes. Mais dans la conjoncture actuelle, et la rupture en série des CDD et autres emplois précaires, le RSA risque de se réduire à ce qu'il voulait justement parfaire : le RMI.


Par David-Antoine Malinas - Publié dans : Pauvreté Inégalité ailleurs
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Jeudi 18 septembre 2008
"Face à l'envolée des prix de l'alimentation, la Commission européenne a proposé, mercredi 17 septembre, à Bruxelles, d'augmenter de 300 à 500 millions d'euros, dès 2009, le budget annuel du programme d'aide alimentaire européen. En 2006, ce dispositif avait bénéficié à 13 millions d'Européens, alors que l'on estime à plus de 43 millions le nombre de personnes menacées de "pauvreté alimentaire"."
Source : le monde 19 septembre 2008
Par David-Antoine Malinas - Publié dans : Pauvreté Inégalité ailleurs
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Vendredi 23 mai 2008
Jolie môme, une compagnie de théatre politique, traduit en japonais :
http://video.labornetjp.org/Members/akira/videos/jori.wmv/view

Par David-Antoine Malinas - Publié dans : RPD Précarité des jeunes
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Jeudi 22 mai 2008
En Janvier 2008, la condamnation de McDonald Japon à verser 75 000 000 yens (plus de 45 000 euros) d'heures supplémentaires non payées à un de ses employés promu "manager" a porté durablement à la lumière des médias la question des "nabakari tencho", tencho signifiant "directeur de magasin" et Nabakari signifiant "seulement de nom". Sous ce terme sont désignés ces nombreux employés, promus au rang de manager de magasin ou de restaurant, qui travaillent alors beaucoup plus en gagnant beaucoup moins. Ce tour de passe passe, loin d'être le fait de petites et moyennes entreprises, est utilisé par de grands groupes qui couvrent l'ensemble de l'archipel - Shop 99, Conan, Aoyama, Sukiya -  certains ayant une dimension internationale, soit dans la composition de leur capital - Seven Eleven, McDo - soit par leur présence à l'étranger - Uniqlo -.

Il faut en effet avoir une connaissance du droit du travail assez fine, alliée souvent à des techniques de management des ressources humaines particulièrement agressives, pour réaliser une telle réduction du coût du travail. Les employés sont généreusement promus au rang de "kanri kantoku sha (manager-superviseur)", un terme juridique officiel et statut abusivement utilisé car il permet de ne plus payer les heures supplémentaires. On peut se faire une idée des économies réalisées aux concessions faites par certaines de ces entreprises pour éviter la mauvaise publicité d'un procès. Ainsi, Aoyama shô ji, une entreprise de vêtements, a reversé à près de 1000 employés plus de 1,2 milliard de yens (soit 7,4 millions d'euros). De même midori denki, une entreprise de production de distribution d'électricité a reversé à plus de  800 employés 3,7 milliards de yens (22 millions d'euros), soit deux années d'heures supplémentaires non payées.

Le problème des nabakari tencho révèle l'extension et la diversité des formes que prend la précarité au Japon. Elle ne se limite plus aux seuls travailleurs précaires qui représentent désormais plus de 30 pour cent de la masse salariale mais s'étend au-delà, vers les employés à contrat à durée indéterminés dont plus de 10 pourcent déjà gagnent moins de 2 000 000 yens (12 000 euros ) par an ; elle s'étend aux zones rurales car le système de rémunération au résultat, exacerbé dans le cas des nabakari tencho, n'est pas géographiquement neutre : faible densité de population, faible clients potentiels, faibles revenus ; elle est aussi générationnelle. Ces jeunes managers ont souvent entre 25 et 35 ans et sont issus de la "génération perdue" (lost generation), celle qui, majeure au moment de la crise des années 90, a longtemps naviguée entre des emplois précaires. Ils avaient cru trouver un emploi stable et une certaine reconnaissance sociale dans leur engagement corps et âme pour leur entreprise et, en ce sens, diffèrent  finalement peu de leurs aînés qui mourraient déjà de karôshi (mort par excès de travail).

Cependant autrefois - mais c'était il n'y a pas encore 20 ans -, les grandes entreprises savaient encore remercier cet engagement : dortoirs pour employés, vacances offertes, aides financières lors du mariage ou de la naissance des enfants. Aujourd'hui, c'est l'ère de l'employé kleenex et du manager MP3, nouveaux standarts qui ont certes favorisé le rebond récent de l'économie japonaise mais induisent également de profondes modifications de la structure et des comportements sociaux. Ainsi, ces jeunes managers souvent désabusés, atteint physiquement et psychologiquement (utsubyô), demandent désormais réparation, soutenus dans leur démarche par de nouveaux syndicats et des avocats bénévoles. Alors qu'au Japon le taux de présence syndicale a glissé de plus de 35 pour cent en 1980 à moins de 20 pour cent en 2007, la formation médiatisée d'une union des "nabakari tencho", cette élite d'un nouveau sous-prolétariat, ainsi qu'une forte augmentation des demandes de soutien syndical formulées par de jeunes précaires sont autant de signes de la montée en puissance d'une toute nouvelle génération militante.


Par David-Antoine Malinas - Publié dans : RPD Précarité des jeunes
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