La situation de l'emploi en France : Entretien de Eric Heyer

Publié le par David-Antoine Malinas

Qui est Eric Heyer :
Il est le Directeur Adjoint au département analyse et précision de OFCE (Centre de Recherche en Economie de Science Po).

Dans l'entretien donné au monde.fr du 2 février quelques informations intéressantes :
- Face à la crise, les entreprises s'adaptent en passant directement à la phase 2 du cycle d'adaptation : pas de renouvellement des intérimaires et des CDD.
- La défiscalisation des heures supplémentaires (loi TEPA) a probablement eu un effet négatif sur la brieveté, sinon l'inexistence de la phase 1 cette fois-ci, c'est-à-dire le recours au chômage partiel et la réduction du temps de travail. Eric Heyer souligne : "comme les heures supplémentaires n'ont pas été réduite, l'emploi joue le rôle d'ajustement dans cette crise".
- La hausse constatée du chômage (près de 12 pour cent de hausse pour 2008,avec une concentration sur les derniers mois),  environ 110 000 demandeurs d'emploi en plus depuis septembre, ne prend pas en compte les plans de licenciements (phase 3 du cycle d'adaptation), seulement le non renouvelement des CDD et des intérimaires dont le chiffre est passé de 300 000 en 1999 à 600 000 - 700 000 aujourd'hui.


Cette nouvelle hiérarchie des phases avec une nouvelle priorité donnée à la variable d'ajustement qu'est l'emploi à durée déterminée est très similaire à ce qu'on constate au Japon :
- Il n'y a pas de loi TEPA mais les Japonais sont les champions des heures supplémentaires (il y a une vieille étude comparative sur le sujet par le OIT ici) donc il est très difficile d'ajuster cette variable moins du fait de la loi que de la tradition.
- En revanche, l'effet sur l'emploi des intérimaires a été immédiat. Et au Japon on compte aujourd'hui environ 1,5 million d'intérimaires, soit plus du double du chiffre français et la population globale des précaires représente 35 pour cent de la population active. Selon une étude rudimentaire du ministère de la santé et du travail réalisée en octobre, il est estimé que d'ici la fin de l'année fiscale (mars 2009) environs 80 000 employés temporaires vont se retrouver sans emploi. On peut néanmoins facilement tabler sur le double puisque l'enquête ne concerne pas toutes les entreprises et que l'environnement économique continue de se dégrader. Une nouvelle étude du ministère de la santé et du travail réalisée le 26 janvier donne le chiffre de 125 000 employés temporaires dont le contrat ne sera pas renouvelé (+ 45000). C'est sûrement encore sous-estimé. On va sûrement arriver à une estimation à 250 000-300 000 le mois prochain.

- La phase 3, concernant les licenciements a commencé et il est difficile de garder les chiffres à jour (voir ce billet).

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