Enquête Précaires aux contrats non-renouvelés (janvier 2009)

Publié le par David-Antoine Malinas

Je vais revenir sur l'enquête réalisée par le ministère du travail et de la santé (厚生労働省) concernant la situation des travailleurs à durée déterminée et qui faisait état de près de 125 000 employés atypiques qui perdront ou ont perdu leur emploi entre octobre de l'année dernière et mars de cette année (2009).

     le lien internet : http://www.mhlw.go.jp/houdou/2009/01/h0130-8.html

Avant de commencer une précision sur le titre de cette enquête, en japonais, 非正規労働者の雇い止め等の状況について. L'objectif est large, puisqu'il s'agit de la situation concernant l'arrêt des contrats des travailleurs atypiques mais en fait on s'aperçoit qu'il s'agit surtout des intérimaires.


Les intérimaires au centre de la crise

Je m'explique : il y a quatre catégories.

派遣 Haken......intérimaires.....86 000
契約(期間工) keiyaku (kikankô)......employés sous contrat....23 000
請負 ukeoi.....contrat de prestation de service....10 000
その他 sonota..... catégorie autre..... 5 000 (négligeable)


Comme l'indique les chiffres, les intérimaires sont les principaux précaires touchés par la crise, et représentent 75 pour cent des employés remerciés. Mais, il est possible de considérer les contrats de service comme des intérimaires.
En effet, ils sont  également dans une relation triangulaire : ils signent un contrat avec une entreprise, mais travaillent dans une autre (l'entreprise utilisatrice) qui a signé, par dessus, un contrat avec la première entreprise pour que tout soit légal. Ce n'est  pas compliqué du tout.
Cette relation triangulaire est la même pour les intérimaires et pour les contrats de prestation sauf que dans le second cas, l'entreprise utilisatrice ne se voit pas déléguer les pouvoirs de direction et de contrôle. Par exemple vous travaillez dans une entreprise et le supérieur vous demande de faire une photocopie, et bien non ce n'est pas possible parce qu'il n'a pas le pouvoir de direction et de contrôle. Il faut qu'il téléphone à la première entreprise, qui vous a envoyé le temps d'une prestation, et elle seule peut vous donner l'ordre de faire la photocopie. Mine de rien, il faut faire attention à ces subtilités parce qu'il y a eu un grand scandale au Japon à propos de faux "prestataires" qui étaient utilisés comme des intérimaires. Heureusement depuis on a tout dérégulé, et comme le montre l'enquête du ministère tout va beaucoup mieux.

Les keiyaku sont des personnes directement employés par l'entreprise dans laquelle ils travaillent. La situation normale, vous signez un contrat et vous travaillez dans l'entreprise avec laquelle vous avez signé ce contrat. Ils sont un peu plus de 23 000 à perdre leur travail. Mais la plupart de ces personnes sont considérées comme étant d'anciens contrats de service. En effet, leur statut a été reconverti après un scandale qui a secoué le secteur manufacturier (non respect de la règle de non-direction et non-contrôle). Ils ont donc été transformés en employés sous contrat . Donc, au sens large, ils ne sont pas complêtement en dehors du système triangulaire des intérimaires.

C'est la raison pour laquelle, on parle souvent - presse, activiste, politiques, etc - de "coupe des travailleurs intérimaires". Ce n'est pas seulement à cause de la sur-représentation de la catégorie intérimaires mais parce que la logique de cette catégorie (la relation triangulaire) pénètre toute les autres.

Le secteur manufacturier au coeur de la crise

En France, les intérimaires travaillent surtout dans le BTP (à confirmer). Au Japon, ils sont concentrés, depuis la libéralisation de la loi sur le travail intérimaire de 2004 dans le secteur manufacturier - Toyota, Toshiba, Sony etc. Ainsi, sur les 1 500 000 intérimaires et contrat de prestation, les deux tiers soit 1 000 000 sont employés dans ce secteur. Aujourd'hui, la plupart des travailleurs atypiques qui perdent leur travail proviennent de ce secteur (tableau ci-dessous). 



Le secteur manufacturier - 製造業-  est la principale, pour ne pas dire l'unique, source de perte d'emploi pour les travailleurs atypiques, loin devant le secteur  des transports et celui de la distribution. Dans le cas des intérimaires qui est la principale catégorie touchée, ce secteur représente ainsi plus de 98 pour cent des débauches. Pour les travailleurs contractuels (kikankô est un terme utilisé excluivement dans le secteur manufacturier donc on pouvait prédire une forte proportion là aussi), on est également au dessus des 98 pour cent de débauche pour ce secteur.

On comprend que les régions qui sont particulièrement dépendante du secteur manufacturier pour l'emploi vont être violemment touchées par les non-reconduction d'emploi et vont voir le chiffre du chômage augmenter de manière rapide. La comparaison entre Aichi, qui a perdu 20 000 emplois atypiques et Tokyo qui en a perdu moins de 3 000 est à ce titre éclairante alors que, la population salariées de Tokyo est deux fois plus importante que celle d'Aichi
(voir tableau ci-dessous).



Aichi est particulièrement dépendante du secteur manufacturier qui représente près de 35 pourcent des emplois salariés alors que pour Tokyo, ce secteur représente moins de 15 pourcent. Plus en avant, les régions qui sont particulièrement dépendantes des entreprises exposées à l'international sont pour l'instant les plus exposées au retournement de conjoncture. En revanche, les régions qui ont une forte masse salariale dans des secteurs  qui s'appuient sur une demande interne , comme à Tokyo le secteur des services, de la restauration ou la distribution - près de 40 pourcent de la masse salariale - sont plutôt protégées (il faut relativiser, car ces secteurs sont aussi très concurrentiels et accentuent la précarisation de la masse salariale de toute manière).


Une nouvelle grande précarité


Selon l'enquête du ministère, près de 100 000 précaires ont une assurance chômage. Cependant, il est précisé, subtilement, qu'il faudra suivre la procédure pour pouvoir prétendre à  cette assurance. Autrement dit, on ne sait pas exactement qui va pouvoir prétendre à cette assurance puisqu'il faut un certain nombre de conditions, comme d'avoir travaillé au moins un an (en France, sept mois sont suffisants si je me souviens bien).

Ce qui est sûr en revanche c'est que 45 000 personnes, soit plus du tiers, vont perdre, en même temps que leur emploi, leur logement et 2 500 d'entre eux vont se retrouver à la rue.  Ca vallait la peine de se donner du mal pour faire tomber le nombre de sans-abri déjà existant (voir ce billet). Le détail est le suivant :


Or, les derniers chiffres non officiels sont les suivants : 400 000 intérimaires et contrats de service vont perdre leur emploi dans le secteur manufacturier. Autrement dit on est passé de 100 000 à 400 000, en effet cette dernière étude ne prend pas en compte les employés sous contrat, soit 25 000 personnes. Donc, si nous prenons en compte également les employés sous contrat, soit 25 000 personnes, facteur quatre, nous obtenons le chiffre final de 500 000.  A noter que ce chiffre n'est que pour le secteur manufacturier. Toute chose étant égale par ailleurs, on peut prédire qu'entre octobre de l'année dernière et mars de cette année (2009) :

         500 000 travailleurs précaires vont se retrouver sans travail
         180 000 travailleurs précaires  vont perdre leur logement avec leur emploi
         10 000 travailleurs précaires vont se retrouver sans logement



Publié dans La crise au Japon

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