Evolution générale de l'offre et de la demande d'emploi au Japon (enquête février 2009)

Publié le par David-Antoine Malinas

Séquence de la crise au Japon : la baisse des recrutements

Le premier post qui traitait de cette question se situe ici.

pour résumer dans l'ordre :
1 - les entreprises annoncent des pertes historiques, mais contrairement aux autres pays - Etats-Unis, France, etc.  - c'est d'abord les entreprises liées à l'économie réelle (en particulier les entreprises exposées à l'international) qui sont touchées puis ensuite les institutions financières. Pour le détail voir ici.
2 - Non renouvellement des CDD : une augmentation des ruptures ou non renouvellement de contrats à durée déterminée, principalement des intérimaires. Le détail ici.
3 et 4 - Pour les CDI : Partage du temps de travail, baisse des salaires et/ou licenciement.
5 - Baisse des recrutements.


Définition préalable

Ici je voudrais revenir le point numéro 5, la baisse des recrutements puisqu'on a une enquête intéressante, celle qui concerne "l'évolution générale de l'offre et de la demande d'emploi (一般職業紹介状況(平成21年1月分)について)", accessible au lien suivant depuis le 27 février 2009 :

http://www.mhlw.go.jp/toukei/itiran/roudou/koyou/ippan/2009/01/index.html

Avant de commencer on va définir un peu les termes utilisés par l'enquête. Tout d'abord les demandeurs d'emploi. Lorsque le ministère du travail et de l'emploi parle de demandeur d'emploi (求職者kyû shoku sha), il ne prend pas en compte les nouveaux diplômés qui viennent d'être recrutés(新規学卒者 shinki gaku sotsu sha).  C'est d'ailleurs précisé tout au long de l'enquête entre parenthèse. En face des demandeurs d'emploi, il y a les offres d'emploi (求人kyû jin).
Pour les deux on fait des distinctions entre les offres et les demandes d'emploi "effectives" (yûkô), on additionne tout le monde d'un côté comme de l'autre, et les offres et les demandes d'emploi "nouvelles" (新規 shin ki) c'est-à-dire seulement les nouvelles offres et les nouvelles demandes pour un mois donné. donc le premier chiffre, total, est beaucoup plus grand que le second, mais le second est intéressant parce qu'il permet de savoir comment se tient le marché . Pas de suspens, tout va mal pour le moment.
Enfin, il y a un dernier mot utile avant de démarrer c'est le ratio d'offre par demandeur d'emploi (求人倍率 kyû jin bai ritsu), qui est une division entre le nombre d'offre d'emploi effectif sur le nombre de demandeur d'emploi effectif. Par exemple s'il y a une offre de travail et deux personnes qui se proposent, on obtient 1/2=0.5, et ce qui n'est pas bon du tout...et pas loin de la réalité.


LE RATIO D'OFFRE ET DE DEMANDE D'EMPLOI :
EFFONDREMENT APRES CINQ ANNEES D'AMELIORATION


Comme l'indique le graphique ci-dessous, pendant cinq années de 2002 à 2007 on constate une amélioration de la situation de l'emploi.  En fin de période, les offres d'emploi sont supérieurs aux demandes d'emploi pour la moyenne nationale.

Schéma 1 - Evolution de l'offre d'emploi enregistrées, demande d'emploi enregistrées, et ration d'offre par demandeur d'emploi (1997-2009)


source : 一般職業紹介状況(平成21年1月分)について (pour les années 21=2009, 20=2008, 12= 2000, 9=1997).

Cependant on constate un essoufflement au cours de l'année 2007, et une accélération de la dégradation du ratio à chaque trimestre de l'année 2008 (voir graphique ci-dessous):

Graphique 2 -

Source :
一般職業紹介状況(平成21年1月分)について

Au premier janvier 2009, dernier chiffre officiels, les chiffres soulignent une accélération de la dégradation du ratio qui devrait se maintenir au cours du premier semestre 2009 (mais on n'a pas encore de chiffres officiels).

Quelle est la situation en Janvier 2009 ? par rapport au mois précédent et à l'année précédente, le tableau ci-dessous permet d'avoir quelques informations :



Source : 一般職業紹介状況(平成21年1月分)について (pour les années heisei 21=2009, heisei 20=2008)

En janvier 2009, le nombre de demandeur d'emploi (ligne 1) était  18.4 pour cent plus important qu'en janvier 2008, celui des offres d'emploi accusait une baisse de 20.8 pourcent. Paradoxalement, il se trouve que plus de contrat de travail ont été signé en janvier 2009 qu'en janvier 2008 (ligne 4) puisqu'on passe de 128 804 à 135 140, mais le taux de recrutement (ligne 8)  est en baisse, de 22.3 à 17.9 pour cent parce que le nombre de nouveaux demandeurs d'emploi est passé de 577 441 à 754 436 (ligne 2). Autrement dit, il y a plus de contrats signés par mois, mais il y a beaucoup plus de personnes qui à la fin du mois demandent à signer un contrat. Le ratio était en janvier 2009 de 0.67.
Dans les derniers mois de l'année 2008, la dégradation du ratio s'est accélérée.  On passe ainsi de 1.00 à 0.9 en sept mois, puis de 0.9 à 0.8 en quatre mois et de 0.8 à 0.7 en moins de trois mois (décembre  2008 0.73, janvier 2009 0.67). Et il ne s'agit que des derniers chiffres accessibles de janvier, donc il est probable qu'actuellement (mars 2009), nous sommes maintenant entre 0.5 et 0.4. A savoir que le Japon depuis 1963 n'a jamais connu un ratio national inférieur à 0.48 (c'était en 1999).


LES DISPARITES DU RATIO D'OFFRE PAR DEMANDEUR D'EMPLOI


Le ratio par catégorie d'emploi. Il y a une distinction entre les travailleurs à temps partiel dont le ratio est supérieur à 1 et les travailleurs à temps plein, CDI et CDD, dont le ratio est inférieur à  1.  Par exemple, Pour janvier 2009 les ratios sont les suivants (entre parenthèse les ratios de janvier de l'année précédente) :

Travailleur à temps partiel.....                             1.01 (1.35)
Travailleur à temps complet (CDI et CDD*)....0.55 (0.89)
Travailleur à temps complet (CDI).....               0.43 (0.64)
* CDD=travailleurs sous contrat et travailleurs intérimaires

 Donc, ça veut dire que plus on recherche un emploi traditionnel (CDI), plus il est difficile de se faire recruter.
Par exemple, il est possible d'arguer que les CDI sont moins touchés par la crise que les CDD  ou les temps partiels, mais ceux qui font l'objet d'un licenciement auront beaucoup de difficultées pour retrouver un travail en CDI. C'est important comme remarque pour nuancer l'idée de certains auteurs qui signalent l'inégalité entre les CDI et les CDD face au licenciement : les CDD sont plus facilement licenciés que les CDI. Et il explique alors qu'il faudrait appliquer la même précarité à tous les salariés. Le problème n'est pas seulement la conclusion, mais aussi la logique qui ne prend pas en compte les contraintes au recrutement après licenciement, il me semble.

les disparités régionales. Le plus impressionnant est probablement l'effondrement du ratio dans les régions qui jusqu'alors étaient en manque de main d'oeuvre :

Région...1er janvier 2008(1er janvier 2009)
Aichi...1.88(0.90)
Guma...1.69(0.88)
Tokyo...1.4(1.0)
Nagano...1..11(0.61)

Source :
一般職業紹介状況(平成21年1月分)について

Pour les autres régions qui n'avaient pas assez d'offre d'emploi la situation est désormais catastrophique par exemple :

Miyagi...0.78(0.51)
Akita...0.6(0.35)
Totori...0.74(0.53)
Oita...1.00(0.57)
etc...

Source :
一般職業紹介状況(平成21年1月分)について

Si la situation dure et sans politique adquate il risque d'y avoir des vagues de migration vers les centres urbains.

Pour une vue d'ensemble, voilà un graphique qui est assez intéressant (il est réalisé avec Excel, le graphique s'appelle surface). Il permet de visualiser l'évolution des ratios de toutes les régions par mois depuis un an (janvier 2008-janvier 2009).





Un dernier point concerne les secteurs touchés (ce qui permet de comprendre l'effondrement en quelques mois d'une région comme Aichi qui a connu des ratios supérieur à 2 il n'y a pas si longtemps) : par rapport à l'année dernière, même mois (janvier) on constate en ce qui concerne les nouvelles offres d'emploi (donc celles qui sont proposées un mois donnée):

Secteur de la restauration et de l'hôtellerie... +5.9 pour cent
Secteur des soins hôspitaliers et de l'aide à la personne... +3.9 pour cent
Secteur de la construction...-6.7 pour cent
Secteur de la distribution...-17.7 pour cent
Secteur des transports... -28.3 pour cent
Secteur des services.... -28.4 pour cent
Secteur manufacturier... -55.3 pour cent

En ce qui concerne le secteur manufacturier, il s'agit d'une moyenne de nombreuses industries, certaines accusent des baisses de -85 pour cent, comme par exemple l'industrie automobile. Les conséquences sont particulièrement destructives dans les régions, comme Aichi (où se trouve Toyota), qui sont hautement dépendantes de cette industrie. Le risque est une propagation de la crise dans les secteurs dits protégés, comme par exemple la restauration, l'hôtellerie et la construction.



Publié dans La crise au Japon

Commenter cet article