Sans-abri au Japon : Kinoko

Publié le par David Malinas

J'arrive au parc central de Shinjuku pour la distribution de nourriture. La mousson n'est pas encore finie. Le temps est couvert et très humide.
Kinoko san m'aborde avec un grand sourire : "amerikan jin (Américain?)". Non, je suis Français.
On parle un peu de foot, de Zidane, le match entre le Japon et l'Australie avait lieu hier, le Japon a gagné au tir au but. Je me permets de lui poser alors quelques questions personnelles, en lui laissant le temps de m'en poser également.

Kinoko san est âgé de 32 ans, il est à la rue depuis un mois. D'abord il était à Ueno (Nord-est de Tokyo), et il est arrivé à Shinjuku depuis peu. Il travaille dans un entrepôt de distribution de magazines. Il est payé à l'heure. Il arrive à gagner 9 000 yens par jour. C'est bien, qu'est ce qu'il fait avec l'argent, je ne sais pas. Il change souvent de travail : il lui arrive de ne pas se lever, ou simplement de ne plus avoir envie de travailler ce jour-là. Il se définit lui-même comme "tanki" ( caractère changeant).
Comme il est jeune, il intéresse les recruteurs qui tournent autour des sans-abri. Celui-là lui fait une proposition pour un travail avec gîte et couvert rémunéré 6 000 yens. Kinoko n'est pas intéressé pour l'instant mais il prend la carte de visite tendue rapidement. Kinoko s'est aussi lié d'amitié avec un sans-abri, âgé, qui semble avoir des contacts pour des emplois journaliers dans le bâtiment. Il utilise un vocabulaire spécialisé que je ne connais pas, mais que Kinoko me traduit à l'aide de grands gestes. Il ira peut-être, la paye est bonne, le travail un peu dangereux. Il ira sûrement, il semble vraiment lié à ce vieux sans-abri.

Kinoko a quitté sa maison à cause de son père. Ce dernier ne travaille pas et lui prenait son salaire pour rembourser ses dettes. Sa mère est partie il y a longtemps quand il avait trois ans. Après la fin de l'école élémentaire, Kinoko a commencé a travaillé. Ce soir à Shinjuku, pour la distribution de nourriture, il y avait un peu plus de 300 sans-abri. Très peu de jeunes comme Kinoko.

Publié dans Paroles sans-abri

Commenter cet article