Dimanche 2 décembre : Tama san

Publié le par David Malinas

Le week-end dernier, il y avait donc près de 300 personnes pour la distribution de nourriture et ensuite, nous sommes partis en patrouille dans les environs de Shinjuku.

Les patrouilles

Trois patrouilles, une pour le parc central et ses environs, une pour la sortie Ouest et ses environs, et une pour la sortie Est.
Je vais souvent avec la patrouille de la sortie Ouest. Il y a un peu de paresse dans ce choix car c'est la patrouille la plus courte. Comme le parcours se fait vraiment rapidement, après être passés de la rue aux parkings, et des parkings aux halls publics des grattes ciels, on s'arrête toujours, avant de retrouver les autres patrouilles au point de rencontre, dans le même hall d'un gratte-ciel dont je ne sais toujours pas le nom. On se pose autour d'une des tables, la plupart des autres étant, pour la plupart, occupée par des sans-abri, situation assez commune dans les environs maintenant qu'il n'est pas possible de rester dans l'espace public extérieur sans se faire remettre en mouvement.
Et puis, il y a aussi l'ambiance de la patrouille Ouest. Les autres patrouilles également ont leur caractère, mais pour la patrouille Ouest, il y a deux leaders qui sont d'anciens sans-abri. Il y a Wabe san et puis, il  y a Tama san qui a toujours un bon mot à portée de la bouche et déborde d'une énergie communicative.

L'alcool

Lors de la pause, quelque fois,  lorsqu'il y a des nouvelles figures dans la troupe, Tama san va chercher quelques boissons - thé, coca - dans un supermarché qui se trouve à l'étage souterrain de l'immeuble. Comme il avait invité tout le monde lors de mon premier jour avec eux, j'ai rendu la pareille et je suis descendu avec lui dans le souterrain. On choisit les boissons, et il prend un one cup de saké, ce qui doit faire 40 cl d'alcool(?). Et il me dit avant de remonter : "Wabe san n'aime pas que je boive donc je vais boire ça ici", et il ouvre la bouteille et, en moins de temps qu'il ne faut pour le voir, la bouteille passe du plein au creux. Il a donc des tendances alcooliques, et c'est un secret, vu mais pas encore dit.
On continue.
Aujourd'hui, à la fin de la patrouille, on s'asseoit par terre au point de rendez-vous pour attendre les autres. On se fait relever une fois par les gardes qui ont pour ordre d'interdire la position assise sur le sol. On se rasseoit, avec ironie, devant le magasin, fermé à cette heure, où sont vendus les billets de loto pour devenir milliardaire - en yens mais quand même milliardaire. Pour ne pas avoir froid, Tama sort de son sac une petite bâche en plastique qu'il déplie. Il s'asseoit à côté de moi et il commence à parler d'un groupe d'aide aux personnes qui ont une certaine dépendance à l'alcool, le groupe des alcooliques anonymes. Je ne comprends pas tout de suite qu'il parle de lui, surtout que ce soir là, dans notre groupe de maraude, il y avait une autre personne qui est assez portée sur l'alcool. Mais progressivement je comprends qu'il veut parler de lui. Mais on part de très très loin. Il me parle donc de ces groupes de soutiens pour les personnes alcooliques, sur la thérapie de groupe qui y est développée. Il a lu le livre du fondateur américain de cette pratique, et me décrit les différents types d'alcooliques. Mais il ne se cite jamais. Je ne veux surtout pas lui poser la question "est-ce que tu fais partie d'un groupe ?". Il faut trouver un moyen de rapprocher son discours de sa personne mais sans être violent. C'est toujours difficile, ça ne marche pas toujours. Et puis, il me dit qu'il y a quelques groupes comme ça à Tokyo, ça devient plus concret. Alors je lui demande : "Ah bon, et quels sont ces groupes ?". Et il me dit, vraiment naturellement : "il y en a plusieurs, il y en a à Shibuya, à truc à machin, et moi, je vais à celui de XXX."
Il vient de me dire son secret. Mais la conversation continue, il me décrit alors sont type d'alcoolisme, "montagnard" avec de longues périodes où il peut s'abstenir et de brusques pics, qui de plus en plus rapprochés, on fait de lui un alcoolique. A l'époque, il travaillait comme garde de nuit, mais il n'arrivait plus à se dégriser avant d'aller au travail et il a perdu son travail. Sa situation sociale était déjà précaire, et il semble qu'il s'est alors retrouvé à la rue.





Publié dans Paroles sans-abri

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