Japon. Enquête Nationale Sans-abri 2007 (1)

Publié le par David Malinas

Deux enquêtes nationales concernant les sans-abri au Japon ont été jusqu'à maintenant réalisées. La première en 2003 et la seconde, dont les résultats ont été rendus publics il y a quelques mois, en 2007 (accessible à cette adresse email : http://www.mhlw.go.jp/houdou/2007/04/h0406-5.html). On a donc une idée de l'évolution du phénomène sans-abri sur quatre années.


Baisse du nombre de sans-abri

La première nouvelle, c'est la baisse particulièrement importante du nombre de sans-abri. En 2003, il y avait sur le plan national  25 000 sans-abri. L'enquête 2007 donne comme résultat national 18 500 sans-abri. La population sans-abri a donc été réduite d'un quart.
En ce qui concerne les villes qui étaient le plus touchées, et en chiffres ronds (graphique 1) :
  • Osaka passe de 6 600 à 4000 (-40%).
  • Tokyo passe de 6000 à 4300 (-30%).
  • Nagoya passe de 1800 sans-abri à 750 (-60%).

Graphique 1. Evolution de la population sans-abri
dans les principales villes du Japon
Source : Kôsei rôdô shô, enquête nationale
sur la situation des sans-abri, 2007


Le phénomène sans-abri est essentiellement un phénomène urbain et 70% de la population sans-abri se situe dans une grande ville japonaise. Pour les petites agglomérations, la baisse du nombre de sans-abri est de 20%.
Le pourcentage de femme est encore plus faible que lors de l'enquête 2003, et près de 97% de la population recensée est masculine (après correction, c'est-à-dire sans prendre en compte la catégorie de réponse "indéterminé"). Il n'y a pas de chiffres concernant le pourcentage de population étrangère. Il est infime, la population sans-abri au Japon est japonaise.

La baisse et sa spatialisation

En quatre années, la population sans-abri des parcs a été presque divisée par deux, de plus de 10 000 à moins de 6 000. Il s'agit de la plus forte baisse, devant  la population des gares ou des rues, qui baisse de près d'un quart (graphique 2).

Graphique 2 - Espaces utilisés par les sans-abri comparaison 2003 - 2007
Source : kôseirôdôshô, enquête nationale sur la situation des sans-abri, 2007

Les parcs demeurent les espaces les plus utilisés par les sans-abri. En 2003, ils abritaient 40% de la population sans-abri. En 2007, ils abritent encore plus de 30% de cette population.

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david-antoine 12/12/2007 01:48

Bonjour,Merci pour votre commentaire. Je suis content que la nouvelle formule de ce blog vous plaise.Au Japon, il n'y a pas véritablement de débat entre les autorités et les associations sur le nombre de sans-abri à la rue. En ce sens, la situation est différente des Etats-Unis ou de la France.Le chiffre, la baisse obtenue, me semble assez proche de la réalité, moins dans l'absolu que pour révéler une tendance. Pour une meilleure compréhension, on peut ajouter :1 - Que les sans-abri sont définis de manière stricte au Japon. Ne sont comptabilisés que les personnes qui sont à la rue. En fait, les personnes qui vivent dans des lieux qui ne sont pas prévus pour cet usage. Les personnes mal-logées, les personnes qui sont dans des centres d'hébergements - d'urgence ou de réinsertion - ne sont pas prises en compte. C'est pourquoi le chiffre est, dès l'origine, particulièrement bas.2 - Qu'il apparaît plus difficile de comptabiliser aujourd'hui les sans-abri parce qu'avant, la majorité était sédentarisée. Aujourd'hui, la politique de réinsertion centrée sur cette population spécifique (de sans-abri sédentarisés), ainsi qu'une gestion plus stricte de l'espace public par les autorités, entraîne une marge d'erreur plus grande qu'avant parce que la plupart des sans-abri sont désormais nomades. Ainsi , les horaires de passage des recenseurs ne correspondent pas nécessairement aux horaires de couchage des sans-abri (ce qui a été souligné ce week-end par le professeur Sasanuma lors du colloque à Sofia).3 - Il existe des nouvelles formes de précarité qui sont exclues de l'enquête. Je pense notamment au phénomène de "manga cafe nan min", les réfugiés des cafés manga, qui sont la couche la plus précarisée des travailleurs pauvres. Il s'agit majoritairement de jeunes qui trouvent du travail au jour le jour (spot haken) et dorment la nuit dans ces cafés bibliothèques que sont les café manga (et qui se sont adaptés : ils fournissent des tarifs de nuits, des sièges adaptables, et pour certains des douches). Il s'agit clairement de sans-abri, même dans le cadre de la définition légale stricte. Cependant,  les autorités traitent cette question de manière indépendante des autres sans-abri. Pour Tokyo, on estime leur nombre à 2000.Voilà les quelques remarques qui peuvent être faites,Dam

Rémi 11/12/2007 10:18

Bonjour,

D'abord j'aimerais dire que j'aime bien la tournure que prend le blog depuis peu. Les posts décrivant les trajectoires de vie des sdf et des membres de l'association sont très intéressants et instructifs.

En lisant ce post, j'ai été un peu surpris par le nombre de sdf au Japon. Non seulement, il est peu élevé (comparé à la France même si en France, on n'a que des estimations très vagues) et en plus il a diminué considérablement.

Je suis allé voir le lien que vous proposez et j'ai été un peu surpris par la description de la méthode utilisée :
調査方法
(1) 全市区町村において目視による概数調査。
(2) 約2,000人を対象に面接による生活実態調査。
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'est pas très explicitée (combien de personnes ont fait cette "observation directe"? s'agit-il d'un recueil d'informations directes faites par des associations indépendantes puis récupérées par l'entreprise d'étude par la suite?).

Tout ça pour vous demander si vous pensez que cette estimation est satisfaisante ou si au contraire elle ne sous-estimerait pas le phénomène ?