Japon. Enquête Nationale Sans-Abri 2007 (3) La "normalisation" de la situation d'extrême pauvreté

Publié le par David Malinas

En ce qui concerne le dernier secteur d'emploi des sans-abri, il y a peu de différences entre 2003 et 2007 : avant de devenir sans-abri, à peu près un tiers des personnes interrogées travaillait dans le tertaire et deux tiers dans le secteur secondaire. Au sein de ce secteur, le bâtiment représente encore à lui seul près de 50% des réponses.

Baisse du nombre des travailleurs journaliers (hiyatoirôdôsha)

En revanche, il existe une évolution dans la forme du dernier emploi (graphique 6). En particulier, on note une baisse marquée entre 2003 et 2007 de la catégorie de travailleurs journaliers qui passe de 36% à 26%, et une augmentation de toutes les autres formes d'emploi (employé à temps complet, employé en temps partiel, employé dans une entreprise familiale).

Graphique 6 - Dernier emploi : forme du contrat de travail
Source : http://www.mhlw.go.jp/houdou/2007/04/h0406-5.html

Cette modification est intéressante car il existe une différence entre la forme d'emploi journalier - qui est de type dérogatoire - et les autres formes d'emploi qui sont de droit commun. L'emploi journalier (hiyatoi) est en effet en marge de l'emploi normal. Le plus souvent, le "contrat" est passé de manière orale et il n'existe pas de cadre juridique. Les teihaishi - les recruteurs - sont également souvent liés à la mafia japonaise, soit directement - ils appartiennent à des gangs - soit ils doivent payer leur droit de recruter sur un espace qui appartient à un gang. La diminution rapide de la forme d'emploi journalier permet donc de signaler que les personnes qui sont touchées par l'extrême pauvreté sont de moins en moins les laissez-pour-compte d'un système parallèle de recrutement et de plus en plus ceux du système "normal" de l'emploi.

Absence d'expérience yoseba

Autre résultat qui permet de signaler la "normalisation" de la pauvreté de rue, la baisse du nombre de personnes qui, à la rue, ont eu l'expérience des yosebas. Les yosebas étaient - et sont de moins en moins - des ghettos qui concentraient une population de travailleurs journaliers du bâtiment, masculine et célibataire, et fonctionnaient comme un microcosme social séparé du reste de la société avec tôt le matin le marché du travail informel et le soir la mise à disposition de centaines de chambres d'hôtels à bas prix (les doyas), l'ensemble de cette économie étant gérée par des gangs de yakusas. Il existe quatre grands yosebas au Japon : celui de Osaka, Kamagazaki, celui de Tokyo, Sanya, celui de Yokohama, Kotobukichô et celui de Nagoya, Sasashima. Au début des années 90 et du phénomène sans-abri, la plus grande majorité des sans-abri provenait des ghettos : les travailleurs journaliers -hiyatoirôdôsha -, trop âgés et confrontés à une grave crise du bâtiment, ne trouvaient plus d'emploi et n'avaient d'autre choix que de squatter les espaces publics alentours puis de plus en plus éloignés du Yoseba.
Au début des années 90, plus des trois-quart des sans-abri à la rue étaient des anciens travailleurs journaliers des yosebas. En revanche, l'enquête de 2007 fait apparaître que moins d'un tiers des sans-abri ont l'expérience des yosebas. Ce pourcentage est en baisse constante.

Les formes du logement avant la rue

Les formes du logement avant la rue permettent également de souligner la disparition progressive de la part des travailleurs yosebas au sein de la population sans-abri (graphique 7). Ainsi, les personnes qui utilisaient comme logement un doya, le nom des hôtels concentrés pour la plupart au sein des yosebas, est la seule catégorie fortement en baisse. Elle représente  désormais moins de 8% en baisse de 4 points par rapport à 2003.
Sans grand changement par rapport à 2003, près de la moitié des sans-abri habitait soit dans une maison dont ils étaient propriétaires (8.2%) soit dans un appartement du secteur privé (38%) ou du secteur public (3%) qu'ils louaient. De même, la catégorie des personnes qui étaient hébergées dans une baraque de chantier est stable à 13%.
En revanche, la catégorie des personnes qui vivaient dans un appartement fournit par l'entreprise est en hausse à 17%. Elle absorbe en quelque sorte la baisse de 4 points de la catégorie des doyas et permet de souligner à nouveau le processus de "normalisation" de la pauvreté de rue au Japon.

Graphique 7 - Type de logement avant de devenir sans-abri
Source : Source : http://www.mhlw.go.jp/houdou/2007/04/h0406-5.html

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