Suicide au Japon (1)

Publié le par David-Antoine Malinas

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Je reprends ici les principaux chiffres de la Police Nationale Japonaise, enquête publiée en 2009.

  • Sur la période longue, on constate une brusque montée du nombre de suicides à partir de 1998. Depuis cette date, le seuil de 30 000 n'a jamais été repassé à la baisse alors que le chiffre avait toujours été inférieur à 25 000 les années précédentes, sauf pour l'année 1986.

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Source : Keisatsu Chô Seikatsu Anzen Kyoku Sekatsu Kikaku Ka, Jiritsuno gaiyô shiryô, 2009

  • Le rapport homme-femme met en évidence un plus fort nombre (et taux, même s'il n'est pas reproduit ci-dessous) de suicides parmi les hommes. La hausse constatée pour l'année 1998 touche plus fortement la population masculine que féminine.

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Source : Keisatsu Chô Seikatsu Anzen Kyoku Sekatsu Kikaku Ka, Jiritsuno gaiyô shiryô, 2009

  • Au cours d'une année type, nous utilisons les chiffres de 2009, les mois où le nombre de suicides est le plus important sont les mois de mars et avril, qui correspondent aux mois de transition entre deux années administratives au Japon. C'est une période de changement où sont rendus publics les licenciements, les transferts. C'est également à cette période qu'il faut payer ses impôts.

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Source : Keisatsu Chô Seikatsu Anzen Kyoku Sekatsu Kikaku Ka, Jiritsuno gaiyô shiryô, 2009

  • Modifié31/07 En ce qui concerne la répartition par âge, ce sont surtout les personnes agées et plus agées qui sont touchées. La catégorie des 50-59 ans,  représente un cinquième des suicides, et la catégorie des 60-69 ans s'en rapproche. Il s'agit des plus forts pourcentages par classe d'âge.

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Source : Keisatsu Chô Seikatsu Anzen Kyoku Sekatsu Kikaku Ka, Jiritsuno gaiyô shiryô, 2009

 

  • Ajouté31/07 En ce qui concerne la répartition par classe d'âge, mais cette fois-ci par rapport à la population de la classe d'âge concernée, on remarque également que les personnes âgées et plus âgées ont le plus fort taux de suicide :

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Source : Keisatsu Chô Seikatsu Anzen Kyoku Sekatsu Kikaku Ka, Jiritsuno gaiyô shiryô, 2009
Calcul : nbre de suicide/population de la catégorie d'âge*100 000

  • Modifié le 02/08 En ce qui concerne la cause du suicide, la santé est le facteur qui revient le plus souvent dans les réponses à choix multiples, suivi des difficultés économiques et des relations familiales (violence domestique par exemple). Il demeure que les facteurs sont pluriels et peuvent agir de manière causale ou synchronique.

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Source : Keisatsu Chô Seikatsu Anzen Kyoku Sekatsu Kikaku Ka, Jiritsuno gaiyô shiryô, 2009.
Rq : Réponses multiples (jusqu'à trois causes), mais faible QCM : 33987-32845=1142

En pourcentage :
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Source : idem

La suite ici.


  • Pour aller plus loin, un lien intéressant, une NPO qui s'occupe de la prévention de suicide http://www.lifelink.or.jp/ et qui rappelle que :

 

  • Depuis plus de 10 ans, le nombre de suicide au Japon est supérieur à 30 000 par an.
  • Ce chiffre est 5 fois supérieur à celui des accidents de la route.
  • Qu'il est dix fois supérieur au nombre de soldats américans morts en Irak.
  • Que le suicide (où la tentative de suicide) d'une personne a une influence profonde sur plus de 200 000 personnes par an.
  • Que le taux de suicide au Japon est deux fois supérieur à celui des Etats-Unis et trois fois supérieur à celui du Royaume Uni. (rq : le Japon a le plus fort taux de suicide derrière la Russie).

Publié dans Précarité au Japon

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n 31/07/2010 14:26



Tout à fait d'accord sur le fait que des chiffres valent mieux que pas de chiffres, importent par les tendances qu'ils révèlent, et traduisent un souci officiel croissant pour des zones de flou
ou d'ombre, précédemment occultées volontairement ou par réflexe culturel (le suicide et le sans-abri en tant que phénomène de société ; le QCM sur les raisons du suicide est en particulier tout
à fait nouveau — il serait toutefois intéressant de savoir qui y répondit : pas les suicidés, j'imagine). Je serais également très curieux de connaître la situation familiale des suicidés, et la
manière (qui ne doit, m'est avis, pas tant différer d'avec les occidentaux, à savoir, violent pour hommes avec fort taux de réussite, douce pour femmes avec fort taux de survie) entre autres
parce que le fameux suicide sous train entraîne des millions de yens de dommages et intérêts. Par ailleurs, "Le suicide mode d'emploi" reste un classique utile (enjeux, mécanismes et rapport aux
chiffres).



David-Antoine Malinas 01/08/2010 09:05



Je prends essentiellement comme référence l'enquête de la Police Nationale qui ne permet pas d'éclairer toutes les lignes de reflexion que vous dessinez : la question du genre, la situation
familiale. Mais je vais regarder plus attentivement.


Pour précision, les raisons du suicide sont éclairées par les informations (mails, mot, répondeur) que laissent les suicidé(e)s. Aucune séance de spiritisme n'a été utilisée.


En ce qui concerne la situation familiale, il ne me semble pas qu'il y ait ce type de codage dans l'enquête. En revanche, il y a des informations sur la situation économique (chômeur, employé
etc.) que je n'ai pas reproduites (j'essayerai de mettre à jour). 


Enfin, les médias ou la vie urbaine donnent un relief particulier à certains suicides qui dans leur moyen, comme le suicide sous train que vous évoquez (euphémisé sous le nom de jinshinjiko
人身事故), ou dans leur cause, comme le suicide d'écolier suite à des brimades de pairs (ijime いじめ), ouvrent la reflexion sur d'autres sujets de société - la vie des salariés japonais, les brimades à
l'école -. Or, ces populations - les jeunes et les salariés -  sont les populations les moins touchées par le phénomène. Une analyse stricte du suicide - qui dépasse mes compétences -
tendrait à réévaluer la valeur et la signification de ces types ou ces moyens de suicide.


- ps : merci pour la référence.


 



n 31/07/2010 05:40



Bémol. Chiffres officiels, forcément à prendre avec des pincettes, étant donné l'importance du facteur "regard des autres" au Japon — une part conséquente des suicides non publics a de fortes
chances d'être déclarée mort naturelle, avec l'aide d'un médecin "compréhensif"...



David-Antoine Malinas 31/07/2010 13:57



Tout en étant d'accord avec vous - mais peut-être pas pour les mêmes raisons (je suis peu affuté sur ce sujet quoi qu'il en soit) - les chiffres officiels, a mon sens, sont intéressants sur deux
points.


Premièrement, ils signalent une prise de position, au sens d'engagement, des pouvoirs publics sur une question qui a pu jusqu'alors être passée sous silence. Ainsi, les premières enquêtes sur les
sans-abri de la part des pouvoirs publics ont permis de mettre un terme à la période de déni de ce problème social et de le poser sur l'agenda politique.


Deuxièmement, les enquêtes officielles "parlent", moins avec leurs chiffres bruts, qu'a travers les tendances qu'elles mettent en évidence sur une période donnée. Ainsi, l'augmentation depuis
près de dix ans du nombre de suicides est mise en évidence par la régularité des enquêtes et peut faire l'objet de différentes interprétations (la dégradation du climat économique, la montée des
inégalités, le vieillissement accéléré de la population etc.).