RPD Précarité des jeunes

Jeudi 22 mai 2008
En Janvier 2008, la condamnation de McDonald Japon à verser 75 000 000 yens (plus de 45 000 euros) d'heures supplémentaires non payées à un de ses employés promu "manager" a porté durablement à la lumière des médias la question des "nabakari tencho", tencho signifiant "directeur de magasin" et Nabakari signifiant "seulement de nom". Sous ce terme sont désignés ces nombreux employés, promus au rang de manager de magasin ou de restaurant, qui travaillent alors beaucoup plus en gagnant beaucoup moins. Ce tour de passe passe, loin d'être le fait de petites et moyennes entreprises, est utilisé par de grands groupes qui couvrent l'ensemble de l'archipel - Shop 99, Conan, Aoyama, Sukiya -  certains ayant une dimension internationale, soit dans la composition de leur capital - Seven Eleven, McDo - soit par leur présence à l'étranger - Uniqlo -.

Il faut en effet avoir une connaissance du droit du travail assez fine, alliée souvent à des techniques de management des ressources humaines particulièrement agressives, pour réaliser une telle réduction du coût du travail. Les employés sont généreusement promus au rang de "kanri kantoku sha (manager-superviseur)", un terme juridique officiel et statut abusivement utilisé car il permet de ne plus payer les heures supplémentaires. On peut se faire une idée des économies réalisées aux concessions faites par certaines de ces entreprises pour éviter la mauvaise publicité d'un procès. Ainsi, Aoyama shô ji, une entreprise de vêtements, a reversé à près de 1000 employés plus de 1,2 milliard de yens (soit 7,4 millions d'euros). De même midori denki, une entreprise de production de distribution d'électricité a reversé à plus de  800 employés 3,7 milliards de yens (22 millions d'euros), soit deux années d'heures supplémentaires non payées.

Le problème des nabakari tencho révèle l'extension et la diversité des formes que prend la précarité au Japon. Elle ne se limite plus aux seuls travailleurs précaires qui représentent désormais plus de 30 pour cent de la masse salariale mais s'étend au-delà, vers les employés à contrat à durée indéterminés dont plus de 10 pourcent déjà gagnent moins de 2 000 000 yens (12 000 euros ) par an ; elle s'étend aux zones rurales car le système de rémunération au résultat, exacerbé dans le cas des nabakari tencho, n'est pas géographiquement neutre : faible densité de population, faible clients potentiels, faibles revenus ; elle est aussi générationnelle. Ces jeunes managers ont souvent entre 25 et 35 ans et sont issus de la "génération perdue" (lost generation), celle qui, majeure au moment de la crise des années 90, a longtemps naviguée entre des emplois précaires. Ils avaient cru trouver un emploi stable et une certaine reconnaissance sociale dans leur engagement corps et âme pour leur entreprise et, en ce sens, diffèrent  finalement peu de leurs aînés qui mourraient déjà de karôshi (mort par excès de travail).

Cependant autrefois - mais c'était il n'y a pas encore 20 ans -, les grandes entreprises savaient encore remercier cet engagement : dortoirs pour employés, vacances offertes, aides financières lors du mariage ou de la naissance des enfants. Aujourd'hui, c'est l'ère de l'employé kleenex et du manager MP3, nouveaux standarts qui ont certes favorisé le rebond récent de l'économie japonaise mais induisent également de profondes modifications de la structure et des comportements sociaux. Ainsi, ces jeunes managers souvent désabusés, atteint physiquement et psychologiquement (utsubyô), demandent désormais réparation, soutenus dans leur démarche par de nouveaux syndicats et des avocats bénévoles. Alors qu'au Japon le taux de présence syndicale a glissé de plus de 35 pour cent en 1980 à moins de 20 pour cent en 2007, la formation médiatisée d'une union des "nabakari tencho", cette élite d'un nouveau sous-prolétariat, ainsi qu'une forte augmentation des demandes de soutien syndical formulées par de jeunes précaires sont autant de signes de la montée en puissance d'une toute nouvelle génération militante.


Par David-Antoine Malinas
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Vendredi 23 mai 2008
Jolie môme, une compagnie de théatre politique, traduit en japonais :
http://video.labornetjp.org/Members/akira/videos/jori.wmv/view

Par David-Antoine Malinas
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Mercredi 18 février 2009
Le syndicat des jeunes précaires de Niigata a été crée en Juin 2008.
Il s'agit donc encore d'une jeune structure mais qui a l'air particulièrement dynamique, notamment au regard de sa page internet, professionnelle, interactive, et mise à jour régulièrement. A la date du 15 février 2009, il y avait près de 17000 visites sur ce site et l'activité de la mailing est également de plus en plus intense.

Nombre de messages sur la mailing list :

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2008

 

 

 

 

 

3

29

43

57

19

30

64

Source : http://groups.yahoo.co.jp/group/niigataseinenunion/ (le 15 février 2009)

Le flyers de ce syndicat indique également comment le trouver par les moteurs de recherche (voir la photo ci-desous)


Le slogan est également assez différent du syndicalisme traditionnel : "Niigata Seinen Yunion, le syndicat auquel même les martiens, les hommes qui viennent du futur et les personnes dotées de super-pouvoir peuvent adhérer".

En février, leur nombre d'adhérents a dépassé la centaine. Principale cause de ce recrutement massif : les intérimaires dont les emplois ne sont pas renouvelés doivent quitter les dortoirs, habituellement fournis par l'entreprise, et dans lesquels ils sont regroupés. Lorsqu'une des personnes fait une demande de soutien auprès du syndicat des jeunes de Niigata, il propose également à ces anciens voisins de rejoindre le syndicat. C'est un effet boule de neige qui entraîne une augmentation particulièrement rapide des effectifs.

Syndicat des jeunes précaires de Niigata :
http://www.niigataseinenunion.org/index.html
Nombre de visite au 15 février : 17 000

création :  22 juin 2008
(le comité de préparation du syndicat des jeunes précaires de Seinen Yunion a été constitué en avril de la même année).

nombre d'adhérents création : 15
nombre d'adhérents 15 février 2009 : 100
Par David-Antoine Malinas
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Samedi 21 février 2009
Les professeurs de Berlitz sont en grève depuis 14 mois. Il y a un long article sur ce sujet dans le Japan Times. Dire que j'ai failli travailler pour cette compagnie (et oui, les deux dernière années de doctorat ont été un peu raide). Un peu comme d'autres entreprises qui enseignent les langues étrangères, les salaires ont été compressés pour les nouveaux profs. Je me souviens aussi d'une autre école (qui m'a d'ailleurs viré, j'en suis un peu fier maintenant) qui faisait la même chose, rémunération au nombre d'élèves par exemple.
L'entreprise essaye de faire peur au syndicat qui s'est formé en menaçant légalement ses membres volontaires. C'est un retournement dans l'usage du droit que j'ai pu signaler dans un article à paraître (enfin j'espère, ça justifiera de mes nuits blanches), ou je note :

"Les mouvements d’habitants comme le mouvement des précaires doivent, pour négocier avec le pouvoir politique, arriver à activer des « tierces-parties » dont l’engagement favorise « l’entrée dans l’arène implicite ou explicite de négociation d’une manière favorable aux protestataires » (LIPSKY Michael, 1968). Dans le cas des mouvements d’habitants, cette arène est le plus souvent l’arène juridique à travers la mobilisation d’experts – scientifiques et juristes – et s’il existe de nombreux exemples de ce type, le plus symbolique, en ce qu’il en révèle également les limites, est celui de Minamata (JOBIN, Paul, 2006). En revanche, le mouvement des sans-abri de Shinjuku inaugure de nouvelles techniques : l’utilisation de l’arène médiatique et la mobilisation par ce biais de l’opinion publique pour obtenir par une pression morale – plutôt que légale – l’ouverture de négociations."


On peut élargir le terme "mouvement des sans-abri" à celui de mouvement des précaires et des très précaires. Autrement dit l'usage du droit passe des contre-pouvoirs au pouvoir.


Ce qui m'intéresse aussi beaucoup dans cet article, c'est l'utilisation d'internet par le syndicat Berlitz :


"Internet technology has given us a chance to go almost head to head with the company, which has far greater financial and public relations resources to construct a positive self-image," says Carlet. "We have used our site — www.berlitzuniontokyo.org — for general information and YouTube for visuals on our public appeals for support for the strike." (Japan Times, 17 février)


C'est pas tous les jours qu'on peut avoir une citation aussi claire. Produire une information à deux coûts : celui de sa création et celui de sa diffusion. Tout le monde peut plus ou moins créer de l'information, même si bien sûr il y a probablement des différences de qualité par-çi par-là.  Une entreprise comme un syndicat peut produire de l'information. Mais tout le monde ne peut pas se payer la diffusion et la répétition de cette information. Ainsi, l'entreprise à une force de diffusion de l'information, à travers les media traditionnels (journaux, télévision), qui est nationale, voire internationale et qui permet de dire : notre entreprise est une bonne entreprise. En revanche, les syndicats ne peuvent se "payer" les media traditionnels. Si l'organisation d'une grève comme celle de Berlitz qui dure depuis près de 14 mois passe inaperçu des médias, comment faire pour dépasser le localisme de l'action collective ? Comment obtenir un soutien massif ?

C'est là où effectivement le recours au medium internet est fondamental puisqu'il permet d'exposer au monde entier ses griefs et ses actions. L'utilisation du site internet dans le cas de Berlitz est intéressant, mais il faudrait vraiment qu'un compteur soit mis en place. En effet, il est impossible de savoir combien de personnes sont passées sur le site.

On peut à partir de là très bien imaginer des guerres sur internet entre web master interposés. A chaque fois que je tape dans google "Berlitz", est-ce que c'est le site de la compagnie qui va venir en premier ou bien celui du syndicat en lutte ?  Est-ce que le syndicat va apparaitre dans la première page, la seconde page etc. ? J'ai fait le test, et pour l'instant ça n'apparait pas si on tape seulement "Berlitz". Il faut taper "Berlitz" et "syndicat". Ca le fait moins.


Mais c'était quand même intéressant d'aller sur la page internet du site http://berlitz.generalunion.org/ puisqu'il y avait cette information (mais toujours pas de compteur) :


"Friday, October 24
More than 120 people came out to support Bengunto (Berlitz Union Tokyo) as they stepped up the campaign at Berlitz and submitted demands to their parent company, Benesse. General Union Berlitz Branch also submitted demands over our paid break/pay increase, and health and pension demands.

A steady down pour couldn't dampen the spirits of our supporters, with 80 Kanagawa City Union members attending. After an hour long demonstration in front of Benessee, we moved en masse to Honda headquarters in Aoyama to support Kanagawa City Union over asbestos issues."


En fait si on fait une addition simple :  il y a 120 personnes, mais il y avait 80 soutiens de la KCU, donc le nombre de membres de la Bengunto était de 40, donc mathématiquement une minorité. C'est là l'occasion d'un deuzième coup de pub pour mon article concernant la particularité des mouvements sociaux actuels au Japon (en tout cas sur les précaires) :


"Une différence majeure entre les mouvements d’habitants et le mouvement des précaires concerne tout d’abord l’origine des constituants. En effet, dans le premier cas, il s’agit de mouvements parochiaux dont le cœur de la mobilisation est composé des personnes qui sont directement concernées par les gains qui pourraient découler de leur action collective. Un exemple typique serait une lutte contre la construction d’un barrage ou une centrale nucléaire qui mobiliserait les populations riveraines ou avoisinantes. En revanche, l’action collective du mouvement des précaires se caractérise par son caractère composite et le rôle majeur joué par des « soutiens extérieurs » (McCARTHY John, ZALD Mayer 1977),  c’est-à-dire des militants qui ne profitent pas des résultats de l’action collective mais en favorise l’émergence, le maintien et le développement."


Dans le cas de la Bengunto, c'est plutôt un échange de bons procédés : vous venez nous aider avec nos problèmes, et puis après on va vous aider avec vos problèmes. Ces alliances se multiplient entre les groupes qui viennent en aide aux travailleurs précaires (précarité du travail et des conditions de travail) notamment parce que les syndicats qui s'en occupent sont de (toutes) petites structures qui n'ont pas beaucoup de moyens et donc "mutualisent" leur ressources humaines. Par exemple, une des plus connues de ces syndicats à adhésion individuelle est la Seinen Yunion qui a ... trois permanenciers (et encore le troisième vient d'être recruté).


 

Par David-Antoine Malinas
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